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Oh comme les élèves résistent lorsqu'on leur demande d'oser essayer une réponse peut-être fausse, mais à laquelle ils ont pensé.*, comme ils rechignent à laisser la trace de cette pensée lorsque dans un mouvement parfois aussi vif que celui qui a apporté cette pensée, ils n'ont plus que le désir de l'effacer d'en faire disparaître toute trace, sous le blanc, la rature, ou au moyen de cet inverseur de temps qu'est l'effaceur.

Pourtant, c'est bien à partir d'une première pensée déposée sur la feuille que la réflexion peut se poursuivre, se regarder, se "réfléchir" pour provoquer la réflexion qui poussera plus avant dans la bonne direction (ou tout du moins plus voisine) le développement, la déduction, le calcul.

Le travail sur le langage ** tout à fait essentiel est évoqué dans cet article concernant la méthode Jacotot *** ainsi que cette question du courage de "faire mal d'abord"

(Rappelons que la question par excellence de Joseph Jacotot à ses élèves était "et qu'en pensez-vous ?")

     
                

Des mathématiciens qui ont compris et apprécié l'application de la méthode à l'étude des langues ne peuvent pas la comprendre et ne la goûtent pas appliquée à leur science. Cependant les mathématiques aussi sont une langue, et une langue bien faite comme a dit Condillac.

Dans cette langue comme en toute autre, il y a deux choses à apprendre: des idées et leurs signes; ce sont toujours des rapports à exprimer et à combiner; donc, sous ce double point de vue, on peut juger, a priori, que la méthode y sera applicable.

On peut dire aussi que les mathématiques étant des connaissances de rapports, comme la méthode consiste spécialement à rechercher, à établir, à voir des rapports, elle convient plus particulièrement encore à ce genre d'études.

Un professeur distingué de l'Université, ( M. Amondieu, professeur de sciences physiques au collège royal de Nantes) a examiné avec quelque soin la méthode de M. Jacotot. *
Il n'y a vu que la méthode analytique suivie déjà par nos professeurs les plus habiles; et par conséquent il n'a rien trouvé de nouveau dans cette méthode si ce n'est son application aux langues.

En relisant avec soin l'ouvrage de M. Jacotot, M. Amondieu y verra probablement une heureuse combinaison de méthodes analytique et synthétique, et, s'il interroge son expérience, ne pourra disconvenir de l'utilité du principe de répétition qu'il semble n'avoir pas aperçu, ainsi que celui de la comparaison, qui est fondamental et, quant aux résultats, d'une fécondité admirable et d'un prix infini.

Dans l'enseignement ordinaire des premiers élémens de calcul, il y a un vice qui a déjà été senti, mais qui n'en est pas moins général. On part de l'abstraction sans avoir passé par le concret. C'est un contre-sens dans l'ordre naturel de l'entendement.
Pour corriger ce vice, il conviendrait de faire d'abord et long-temps calculer les enfans avec les doigts, avec des jetons ou autres objets tombant sous les sens. De cette manière, on leur ferait facilement et parfaitement entendre les opérations fondamentales; puis on répéterait ces opérations de mémoire.

Cette base solidement établie, on les ferait ( toujours au moyen de questions bien ménagées) réfléchir sur ces opérations et, de rapports en rapports, on les amènerait à trouver l'art d'écrire les nombres. Et de là, par degrés, à toutes les abstractions de l'arithmétique t de l'algèbre. - Même marche pour la géométrie.

On pourrait alors vérifier un traité d'arithmétique, d'algèbre, de géométrie. Il faut rappeler que cet exercice consiste à comparer, dans une lecture attentive, les observations que l'on a faites soi-même à celles que les maîtres de l'art ont consignées dans leurs ouvrages.

On devrait s'exercer aussi beaucoup à raconter, c'est-à-dire à parler et à rédiger sur ce que l'on a fait ou lu, pour se familiariser avec le langage des mathématiciens et acquérir la facilité d'exprimer ses idées en leur langue.

Ici comme dans les autres parties de l'enseignement, le rôle du maître est de mettre les élèves sur la voie des découvertes par ses questions, leur demander ce qu'ils en pensent eux-mêmes, si ce qu'ils ont réalisé est bien ou ne l'est pas et pourquoi, quel fait, quelle observation leur a suggéré telle pensée, et surtout les encourager en leur montrant les progrès qu'ils ont déjà faits, ceux qu'il feront encore.

Il applaudira aux efforts, aux essais peu heureux et persuadera aux élèves que pour parvenir à faire bien, ils doivent AVOIR LE COURAGE DE FAIRE MAL D'ABORD **, enfin leur montrera les applications pratiques des théories qu'ils découvrent.

Les devoirs qu'il donne consistent en imitations et traductions de calculs. En réflexions générales sur les faits qu'ils ont observés, sur les opérations qu'ils ont effectuées. Ils rendent compte des secrets de composition et d'abréviation qu'ils ont découverts par eux-mêmes, font des définitions, en critiquent d'autres.





* Observations sur la méthode de M. Jacotot, son origine, son esprit et son véritable mode? M. Amondieu, Nantes 1829.

** En lettres majuscules dans le texte original.

 
     


Plus que jamais, alors que les théories de l'information en provenance de l'informatique contaminent le modèle de la conscience humaine et nous conduisent à enseigner à un enfant comme on apprendrait à un imbécile**** (une machine n'a pas de bâton) sur les traces de ces gens qui prétendent approcher la compréhension d'un enfant de deux ans, plus que jamais nous avons besoin de la parole de ceux qui croyait à l'enseignement autrement que comme un conditionnement opérant et concernant autrechose que des gestes préprofessionnels normés.

Plus que jamais nous avons besoin de ressources telles que l'enseignement (toujours oral. Seuls ses continuateurs ont souhaité donner une forme cristalisée à ce qu'il se refusait lui de nommer "méthode" )

Le rendement décroissant des systèmes d'enseignement dans les pays industriel considérés comme possédant des moyens de plus en plus puissants devrait mettre la puce à l'oreille de chacun de nous et rééquilibrer les pratiques en acceptant une fois pour toutes de ne pas maîtriser la totalité des forces en jeu.
Tout comme il ne viendrait pas à l'idée d'un marin sur un petit voilier de prendre à deux mains la grande baume pour forcer la direction du bâteau !







* C'est là qu'il faut être capable de distinguer
"ce qui nous est passé par la tête" et qui, comme une comête peut être un corps étranger sans rapport réel (ou de très loin) avec le contexte (notre sujet ou, dans le cas de la comête, le système solaire
de
"ce qu'on a pensé" parce que ce notre esprit a fait spontanément une association entre le sujet et "quelquechose" qu'il faut alors ... faire fonctionner un peu, tester, regarder sous toutes ses coutures pour l'accepter, l'améliorer ... ou éventuellement le rejeter.

** retour sur l'introduction de  Géométrie : démonstration courte ... mais bonne

Le principal objectif de l'enseignement à l'école primaire et au collège est
la maîtrise optimale des auxilaires (et prérequis) de la pensée.

Il s'agit en particulier des langages.
Lequels doivent être fins, denses, et capable de gérer
autant les ambiguités irréductibles que la présence de contextes susceptibles de perturber le sens établi
sens nécessairement maléable dans les premières étapes de l'apprentissage.

L'acquisition précoce de techniques en rapport avec les différentes matières enseignées par la suite, qu'elles soient générales ou professionnelles, est une erreur similaire à celle qu'ont pu faire en sport, par le passé de grands entraîneur
(notamment au football et au tennis)
et dont nous sommes heureusement en grande partie revenus.


*** Celui qui affirmait, à raison, que tous les hommes ont une intelligence égale
(intelligence que l'on confond souvent avec son expression)

**** Imbécile vient de "qui ne porte pas de bâton"
à une certaine époque seuls les inconscients et les martyrs se promenaient sans cette arme minimale.
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